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Mayotte
réalisation Dr Francis LOUIS, IMTSSA, Marseille
assistance technique cartographie : Françoise PAYAN bibliographie : Odile SOSSAT
dernière mise à jour 01 août 2000
correspondance
Française depuis 1841, Collectivité Territoriale Française depuis 1975, Mayotte fait géographiquement partie de l'archipel des Comores. Elle se compose d'une grande île et de 18 ilôts (carte). Superficie : 375 km2. Population : 109 600 habitants en 1995. Capitale : Dzaoudzi. Langues parlées : français et mahorian. Mayotte La pluviométrie mensuelle moyenne en millimètres, calculée de 1984 à 1996, est donnée par Jean Julvez dans son étude de 1997 (17) :
Plasmodium falciparum est la seule espèce plasmodiale mise en évidence (6). C'est en 1897 qu'il est fait mention pour la première fois du paludisme à Mayotte (1) : le Dr Neiret constate la grande fréquence des anémies et des splénomégalies sur la Grande Terre alors que ces symptomes restent exceptionnels sur la Petite Terre, à Dzaoudzi. En 1905, le Dr Blin confirme les propos du Dr Neiret (2). Il insiste sur la fréquence élevée de la fièvre bilieuse hémoglobinurique au point que "souvent, les créoles atteints de paludisme aigu demandent à être traités par des médicaments autres que la quinine". Selon J. Galtier et S. Blanchy, "le paludisme à Mayotte avant 1976 était de type continental africain stable ; il se caractérisait par des indices plasmodiques de l'ordre de 50 % chez les enfants, puis par leur chute spontanée avec l'âge, signant l'acquisition d'une forte prémunition en dehors de toute lutte antipaludique" (6). Selon la classification de Mouchet et Coll., on parlerait aujourd'hui de paludisme stable équatorial. Les premières mesures de lutte ont été prises en décembre 1976. Elles reposaient sur l'association d'une chimioprophylaxie de masse et d'une lutte antivectorielle par aspersions intradomiciliaires. Ses résultats ont été rapidement spectaculaires puisque l'indice plasmodique en population générale est passé de 25,5 % en 1976, avant les mesures de lutte, à 7,2 % en 1978 et 0,91 % en 1980 (6). De mai à août 1984, sur ce bruit de fond de type hypo-endémique, se déclencha une épidémie dans la moitié sud de la Grande Terre. Selon Jean Julvez et Coll., "prévue en raison d'une multiplication des gîtes larvaires d'anophèles, puis d'une prolifération des adultes lors des captures de nuit, cette flambée s'est matérialisée cliniquement par l'émergence subite de nombreuses formes graves" (10). L'indice plasmodique est remonté à 2,5 % pour retomber à 0,3 % en 1985. Une nouvelle épidémie se déclara en 1991 : partie de l'extrême sud de la Grande Terre, elle se développa sur la côte ouest puis dans le nord. On recensa 1 724 cas (412 en 1984), dont 129 accès pernicieux et 4 décès. Depuis, il persiste quelques centaines de cas chaque année : 691 cas dont 1 décès en 1992, 450 cas dont 1 décès en 1993, 942 cas sans décès en 1994 (16). Les données de l'incidence du paludisme de 1984 à 1996 ont été colligées par Jean Julvez (16) :
On notera enfin l'émergence, à partir de 1986, de cas importés des Comores voisines et de Madagascar. Parmi ces cas, on peut identifier Plasmodium vivax et Plasmodium malariae. Anopheles gambiae s.l. et Anopheles funestus sont les deux grandes espèces vectrices du paludisme décrites sur l'île (5), même si Jacques Brunhes a pu recenser également Anopheles coustani, Anopheles maculipalpis, Anopheles mascarensis et Anopheles pretoriensis (4). Jean Julvez précise que ces dernières espèces ne sont retrouvées que de manière tout à fait occasionnelle (10). On peut citer ici, quasiment dans son intégralité, l'étude de jean Julvez de 1997 (17) : "Dans l'Océan Indien, seul Plasmodium falciparum est à ce jour impliqué dans le phénomène général de pharmaco-résistance et, plus précisément, de chloroquinorésistance. Le premier cas en provenance de l'archipel a été décrit en Europe en 1980 (EICHENLAUBE D., POHLE H.D. - Eine fall von falciparum malaria mit chloroquin-resistenz von der ostafrikanischen Komoren-Inseln. Infektion 1980 ; 8 : 90-91). Il s'agissait d'une chloroquinorésistance in vivo, de type RI, survenant chez un sujet non prémuni après son retour d'un voyage aux Comores (17 jours à Moroni), à Mayotte (4 jours à Dzaouzi) via Nairobi (1 nuit à l'aller et 4 jours au retour). Un doute subsiste donc quant à l'origine géographique exacte de ce cas. Parmi les cas de paludisme importés en France de 1983 à 1986, 2 souches chloroquinorésistantes in vitro provenaient des Comores. Elles étaient sensibles à l'amodiaquine et à la quinine (LE BRAS J. - Sensibilité de Plasmodium falciparum aux quinoléines et stratégies thérapeutiques : comparaison de la situation en Afrique et à Madagascar entre 1983 et 1986. Bull. Soc. Pathol. Exot. 1987 ; 80 : 477-489). Une étude in vivo menée à Mayotte de 1985 à 1987 sur 24 % de l'ensemble des cas de paludisme a fait apparaître chez des autochtones traités à la dose de 25 mg/kg de chloroquine en 3 jours, 1 cas de résistance de type RI et 1 cas de type RII (IVORRA-CANO V. - Rapport d'affectation sur le développement des services de santé aux Comores. Doc. OMS 1974 non publié). L'étude menée en 1988 a été négative (rapport d'activités pour l'année 1988, DASS de Mayotte, non publié). Aucune autre étude ne semble avoir été menée, à ce jour, à Mayotte. Celle prévue en 1992 n'a pu se faire faute de cas de paludisme-maladie répondant aux critères d'inclusion (rapport d'activités pour l'année 1990, DASS de Mayotte, non publié). ... Mais une des questions actuellement sans réponse dans le domaine de la chloroquinorésistance est pourquoi la fréquence et le niveau de résistance reste stationnaire aux Comores vue l'importance des relations de cet archipel avec Madagascar et l'Afrique de l'Est. ... Au décours de l'épidémie de 1991 à Mayotte, de nombreux cas ont été cliniquement présumés résistants et seraient pour certains à l'origine de l'épidémie. Mais aucune donnée sur l'évolution des densités parasitaiires sous traitement n'est disponible et aucun protocole, ni in vivo ni in vitro, n'a depuis été mis en oeuvre. L'assertion retse donc à démontrer. Néanmoins, les autorités sanitaires de l'époque ont tout fait (B.E.H. 1995, n°18), sans avancer le moindre argument scientifique, pour que Mayotte soit classée dans le groupe 3 des chimiorésistances (i.e. fréquence des chloroquinorésistances et risque de multirésistance) ; ceci est anormal et l'île de Mayotte ne drvrait figurer que dans le groupe 2 (i.e. existence de chloroquinorésistance) en fonction des données disponibles". Il n'y a pas à proprement parler de programme spécifique de lutte contre le paludisme à Mayotte. Les actions de lutte sont coordonnées par la D.A.S.S. de Mayotte (route de l'hôpital, BP 104, 97600 Mamoudzou, Mayotte). Ici aussi, on peut citer dans sa quasi intégralité l'étude de jean Julvez de 1997 (17) : "La lutte antipaludique a débuté à Mayotte dès que des solutions techniques ont été possibles. Elles ont été diverses : - des pulvérisations intradomiciliaires de dieldrine ont été effectuées à partir de 1954 dans l'ensemble de l'archipel par les services de Madagascar, mais aucune information n'est disponible, pas plus que sur les pulvérisations de 1960 ; - un essai de lutte larvicide au téméphos a été fait dans deux villages de Mayotte, Sada et Chiconi, en 1973, afin de tester l'intérêt de ce traitement ; - une pulvérisation expérimentale (DDT-fénitrothion) a été réalisée en 1973 afin d'étudier l'efficacité d'une lutte intradomiciliaire ; - après l'exécution par l'OMS d'une enquête de pré-éradication, une chimioprophylaxie de masse des enfants de moins de 14 ans par la chloroquine est entreprise en 1972, associée à une véritable reconnaissance géographique comportant un plan de recensement de la population et des habitations ; - à la fin de 1976, une vaste campagne de sensibilisation de la population a précédé la mise en place d'un plan de lutte intradomiciliaire intégré associant une pulvérisation semestrielle de DDT en saison sèche à deux pulvérisations trimestrielles de malathion en saison des pluies. Le dépistage passif a également été renforcé ; - une lutte antilarvaire à base de tournées bihebdomadaires de téméphos a débuté au début de l'année 1981 ; - en 1984, le DDT et le malathion ont été remplacés par le fénitrothion en raison de la résistance des Culex ; - dans le courant de 1984, la lutte biologique antilarvaire a été systématiquement étendue à l'ensemble des villages de Mayotte par des ensemencements de poissons larvivores Poicilipes reticulatus (ou guppy) en provenance de La Réunion ; - suivant les recommandations de l'OMS, la chimioprophylaxie de masse a été progressivement réduite pour ne plus s'appliquer à partir de 1986 qu'aux femmes enceintes ; - à la suite de l'épidémie de 1991, une chimioprophylaxie des enfants de moins de 2 ans a été remise en place ; - à la fin de 1992, un système de surveillance épidémiologique par dispensaire sentinelle a débuté ses activités, mais ne s'est pas pérennisé très longtemps. Le dépistage actif a bénéficié de la technique du QBC-malaria pour la réalisation des diagnostics parasitaires (15) ; - récemment le fénitrothion a été remplacé par la K-othrine qui est inodore et non salissante, ce qui augmente de façon notable l'acceptabilité des pulvérisations ; - des moustiquaires imprégnées à la K-othrine ont été mises en place en décembre 1995 à Dapani, puis, en décembre 1996, à Hamouro, Nyambadao, M'tsamoudou, M'bouini, M'ronabéja et Passikéli". Aucune recherche sur le paludisme n'est en cours. Le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n°23 de 1999 place Mayotte dans le groupe 3 de chloroquinorésistance, ce qui suppose pour les visiteurs une chimioprophylaxie à base de méfloquine. Nous pensons qu'une association chloroquine + proguanil et des mesures individuelles de lutte antivectorielle suffisent amplement. les références bibliographiques (seul le premier auteur est indiqué) 1. NEIRET - Notes médicales recueillies à Mayotte. Arch. Med. Nav. 1897 ; 67 : 373-380. 2. BLIN - Le paludisme à Mayotte. Ann. Hyg. Med. Col. 1905 ; 8 : 161-165. 3. SUBRA R. - Essai de lutte contre Anopheles gambiae (s.l.) et Culex pipiens fatigans Wiedemann, 1828, dans une zone d'endémie filarienne (Mayotte, Archipel des Comores). Cah. O.R.S.T.O.M., sér. Ent. méd. parasit. 1973 ; 11 : 225-231. 4. BRUNHES J. - Les moustiques de l'archipel des Comores. 1. Inventaire, répartition et description de quatre espèces ou sous-espèces nouvelles. Cah. O.R.S.T.O.M., sér. Ent. méd. parasit. 1977 ; 15 : 131-152. 5. BRUNHES J. - Les insectes hématophages de l'archipel des Comores (Diptera Culicidae, Ceratopogonidae, Simuliidae, Tabanidae, Hippoboscidae et Muscidae stomoxyinae ; Hemiptera cimicidae), maladies transmises et méthodes de lutte. Mémoires du Muséum national d'Histoire Naturelle, série A zoologie, 1978 ; 109 : 193-246. 6. GALTIER J. - Le paludisme à Mayotte et son évolution de 1976 à 1981. Cah. O.R.S.T.O.M., sér. Ent. méd. parasit. 1982 ; 20 : 145-151. 7. BLANCHY S. - Etat sanitaire de Mayotte en 1981. Bull. Soc. Pathol. Exot. 1983 ; 76 : 95-100. 8. REYNAUD S. - Enquête épidémiologique sur le paludisme et la filariose à Mayotte en 1981. Thèse médecine n° 207, Université de Bordeaux II, 1983. 9. JULVEZ J. - Etudes séro-épidémiologiques du paludisme à Mayotte de 1984 à 1986. Cah. O.R.S.T.O.M., sér. Ent. méd. parasit. 1986 ; 24 : 279-286. 10. JULVEZ J. - Epidémiologie du paludisme et lutte antipaludisque à Mayotte (archipel des Comores, océan indien). Evolution de la situation de 1976 à 1986. Perspectives. Bull. Soc. Pathol. Exot. 1987 ; 80 : 505-519. 11. JULVEZ J.- Le paludisme dans les îles de l'archipel des Comores. Eléments historiques et géophysiques, considérations épidémiologiques. Bull. Soc. Pathol. Exot. 1988 ; 81 : 847-853. 12. JULVEZ J. - La lutte antipaludique intégrée marque des points à Mayotte. Forum Mondial de la Santé 1989 ; 10 : 230-235. 13. JULVEZ J. - Etude in vivo de la chloroquinorésistance du paludisme à Plasmodium falciparum à Mayotte. Med. Trop. 1989 ; 49 : 63-65. 14. JULVEZ J. - Le coût d'une campagne de lutte contre le paludisme. Considérations générales. Bull. Soc. Pathol. Exot. 1990 ; 83 : 211-216. 15. MARTET G. - Rapport bioforce à Mayotte, 18 juin-1er juillet 1992. Doc. technique n°19 IMTSSA Marseille, 1992 : 20 pages. 16. EL-AMINE ALI HADIDI M. - Paludisme à Mayotte : passé, présent, futur. Santé 1995 ; 5 : 362-367. 17. JULVEZ J. - Evaluation de la situation du paludisme à Mayotte. Etude réalisée du 5 au 16 novembre 1996. Rapport de mission, 1997 : 61 pages.
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